dimanche 6 juin 2021

Le portail grince, la mouche bourdonne, l’irascible soupire.

Vlan ! Paf !

L’irascible sourit.

Le ramier roucoule, le chat miaule, l’irascible soupire.

Pan ! Couic !

L’irascible sourit.

L’irascible ronfle, l’herbe crisse, la scie égoïne.

Arrrrrggh !

L’irascible expire.

dimanche 30 mai 2021

Sans vraiment que l’on sache jusqu’à combien, un dessert lacté comptait, à la fin du siècle dernier, autant qu’un steak. C’est du moins ce que prétendaient celles et ceux qui étaient payés pour faire de la tempête dans leurs cerveaux dans le cadre de la propagande mercatique. Une telle devise consommatique serait aujourd’hui considérée comme une provocation puisqu’on y faisait une double apologie (viande + lait) de l’absorption d’aliments issus de l’élevage animal.

Loin de moi l’idée de critiquer ou de plébisciter l’une ou l’autre des modes d’alimentation (oui, alors là j’ai mis « mode » au féminin alors que j’aurais également pu le mettre au masculin, tout ça pour dire qu’en fonction des époques, le mode à la mode change) car, comme vous l’allez constater si vous persistez dans votre lecture, la suite de mon propos se situe plutôt sur le terrain de la philologie.

Hier donc, l’on prétendait que si un steak comptait, l’on ajoutait qu’un dessert lacté comptait autant. Le discours actuel est assez différent : un steak ne sait plus compter et un dessert lacté ne fait guère mieux. Peut-être pourrait-on dire que ce dernier se débrouille encore à peu près tant que le compte ne dépasse pas ses six doigts. Tout ça pour dire que celui qui a présentement le vent en poupe, celui à qui il ne faut pas en racompter, c’est le substitut végétarien, voire végétalien (qui ne contient, contrairement à ce que l’on pourrait penser, que rarement de l’huile de coprah 100% hydrogénée).

  
  Là, vous objecterez probablement que, contrairement à ce que j’ai annoncé plus haut, je dérape sur la planche savonneuse de la polémique alors que pas du tout car voici la suite :

 


    Cette affiche « orne » actuellement l’abribus situé, matraquage publicitaire ciblé oblige, à la sortie du collège sis à quelques encablures de mon domicile. Qu’y lit-on ? L’on y lit, comme vous pouvez le constater, à propos d’un hambourgeois dans lequel la viande hachée est remplacée par un haché végétal, que, je cite, si l’on aime la viande, l’on y verra que du feu…

            Ceci sous-entend, si je ne me trompe pas, que le goût de ce haché végétal est si proche du goût du haché animal que l’on y sentira, si d’aventure on s’y essaie, pas de différence.

            Et là, je ne sais pas vous mais moi je dubite. Je dubite car, de deux choses l’une : soit on aime la viande, on l’assume, on en mange et on ne mange donc pas de «veggie …. », soit on ne l’aime pas et on ne mange donc pas non plus de «veggie …. » qui nous en rappelle le goût.

            Assisterait-on, dans ce cas de figure, à la naissance d’un nouveau concept que je qualifierais d’ « anti-publicitaire » et qui viserait, le cas échéant, à nous inciter à ne pas consommer un nouveau produit ?

            Si tel est le cas, mais peut-être mon raisonnement procède-t-il d’une logique d’un autre âge, pourquoi ne pas, tout simplement, éviter de proposer un tel produit à la vente ?

            Et vous, qu'en pensez-vous ? 


 

dimanche 23 mai 2021

                                                                                                  Noli me Tangere, Titien, v.1514, détail

Hier après-midi, j’ai versé des larmes.

Et je me disais que j’allais commencer, aujourd’hui, par vous raconter que j’avais pleuré comme une madeleine.

Mais en fait, non.

Pourquoi ?

Parce qu’en vérité, si je n’ai pu ou voulu contrôler le flux de mes glandes lacrymales, je ne l’ai pas fait à l’instar des petits gâteaux chers à Marcel ce qui m’a d’ailleurs rassuré car je trouvais, en y réfléchissant, que l’expression n’avait aucun sens ou, au mieux, qu’elle était méchamment capillotractée.

Je me disais : « Pourquoi pleure-t-elle la madeleine à Marcel ? Bon, elle s’amollit dans une tasse de thé, il la récupère à la cuiller et puis, sur le trajet de la tasse à la bouche, elle suinte et laisse s’échapper quelques gouttes » mais vous avouerez avec moi que l’image n’est pas des plus parlantes.

Ou bien encore: « Le goût de la madeleine provoque chez lui une réminiscence qui le rend nostalgique voire mélancolique et du coup, il se met à pleurer » mais là, ce n’est pas la madeleine qui pleure, c’est son prédateur et, dans ce cas, on serait plus avisé de dire « pleurer comme un Marcel » avec une majuscule à Marcel car sinon, cela pourrait prêter à confusion.

À confusion ? À voir… À voir car « pleurer comme un marcel » pourrait assez facilement s’expliquer, avec un minimum d’imagination, si l’on considère que ce maillot de corps, porté par les ouvriers, paysans et autres tâcherons était souvent imbibé de sueur susceptible de perler à l’essorage.

Quoi qu’il en soit, si l’une de ces images paraît un chouia plus explicite que l’autre, on ne fait quand même pas dans la simplicité. Si on disait « pleurer comme une éponge » ou « pleurer comme une passoire à nouilles », je ne sais pas vous mais, pour ma part, je visualise quand même plus facilement.

Du coup, j’ai fait mes petites recherches. J’ai fait mes petites recherches et j’ai trouvé ce que vous saviez peut-être déjà mais que j’ignorais. J’apprécie chez moi, outre la délicieuse sensation que me procure parfois l’ondulation de ma chevelure dans le vent, cette ignorance qui me réserve souvent le bonheur de petites découvertes qu’il m’arrive régulièrement, je dois bien l’avouer, d’oublier pour me ménager la possibilité de les découvrir à nouveau ; Alois*, sors de ce corps !

Je me suis donc plongé dans les évangiles. Enfin, pour être tout à fait précis, dans une de mes évangiles et dans l’une des évangiles.

Celle qui m’est propre est l’évangile selon Alain Rey autrement dénommée « Dictionnaire historique de la langue française ». J’y ai appris qu’on ne disait pas « pleurer comme une madeleine » mais « pleurer comme une Madeleine », cette Madeleine n’étant autre que Maria Magdalena, la pécheresse repentie de la légende chrétienne.

À partir de là, j’ai rebondi pour tomber sur le Luc, le Luc de l’évangile selon Saint Lui qui ne dit pas autre chose que ceci :

« Et voici, une femme pécheresse qui se trouvait dans la ville, ayant su qu’il était à table dans la maison du pharisien, apporta un vase d’albâtre plein de parfum, et se tint derrière, aux pieds de Jésus. Elle pleurait ; et bientôt elle lui mouilla les pieds de ses larmes, puis les essuya avec ses cheveux, les baisa, et les oignit de parfum. » (Luc 7:37-38)

Je crois bien que je vais garder tout cela sous le coude pour le ressortir en classe la prochaine fois que j’aurais à expliquer aux futures élites de la nation l’importance des majuscules.

 

* : bon, alors là, j’ai été tenté de mettre des trémas sur le « i » de « Alois » mais j’ai bien vérifié qu’il n’y en avait pas car le prénom doit se prononcer à l’allemande (en distinguant toutes les lettres). J’ai également fait précéder ce mot d’un point-virgule pour bien signifier qu’il s’agissait d’un nom propre car, si j’avais mis un point, la majuscule du prénom aurait pu passer pour une bête majuscule de début de phrase et vous vous seriez demandé qui était l’abscons qui se cachait derrière l’expression « alois, sors de ce corps ! » faisant la même erreur grossière que lorsqu’il évoque les « boules qui est-ce ? » (tout le monde sait bien que l’on doit parler de « boules qui sont-ce ? » et qui aurait du, à tout le moins, choisir entre « aloi, sors de ce corps ! » et « alois, sortez de ce corps ! ».