vendredi 11 novembre 2022

 

J’ai beau me dire, quand je n’y réfléchis qu’en surface, que les choses sont ce qu’elles sont, elles ne m’apparaissent cependant pas toujours telles qu’elles sont. Et encore ne considère-je là que les choses faites, quel que soit leur créateur.

J’ouvre ici une parenthèse pour fustiger, tout cardinal qu’il fut, le premier qui prétendit qu’il y aurait un, et un seul, créateur de toute chose ouvrant ainsi la voie à tous ceux qui déclarent encore aujourd’hui qu’ils n’ont jamais fait la chose puisque c’est ce fameux créateur qui s’en est chargé ou qui invoquent le hasard qui, paraît-il, les fait si bien.

Les choses faites donc et non les choses à faire qui sont souvent une bonne excuse pour tirer au flanc et embrouiller les choses :

- Tu peux faire quelque chose pour moi s’il te plaît ?

- Ah non, désolé, j’ai déjà quelque chose à faire…

Ces choses faites, réelles par opposition aux apparences, on ne les effleure souvent que du regard sans chercher à les creuser pour aller au fond des choses. On dit par exemple souvent que les choses parlent d’elles-mêmes mais, si on se donnait la peine d’aller voir derrière les choses ou parfois sous les choses, on aurait tôt fait de constater que celles qui semblent parler d’elles-mêmes (alors que, quand même, nombreuses sont celles qui ne nous disent rien qui vaille) ne le font que par l’intermédiaire d’autres choses qui ne sont, dans tous les cas, que des mécanismes plus ou moins perfectionnés qu’il faut se garder, quand ils sont trop complexes pour qu’on puisse les comprendre, de qualifier de « Deus in machina ».

Loin de moi l’idée de faire ici une leçon de choses, je n’ai jamais été pédagogue, je souhaitais simplement remettre les choses à leur place, préciser que même si l’on dit parfois qu’elles arrivent, on sait qu’elles n’iront pas loin et qu’il ne suffit pas toujours, pour les appréhender dans leur globalité, de les regarder en face.

Bien des choses chez vous...

 


dimanche 25 septembre 2022

  

Certains mots me sont indifférents. L’adjectif tiède, par exemple, ne me fait ni chaud ni froid. Il est d’autres mots que j’apprécie particulièrement pour des raisons que je n’ai pas encore cherché à découvrir. Et puis, vous me voyez venir, il est aussi des mots que je n’aime pas.

Je n’oublie pas la prodigieuse liste des mots que je ne connais pas et que, dans un souci de logique que d’aucuns disputeraient peut-être, je n’évoquerai pas.

Les mots que je n’aime pas donc. Certains pourraient éventuellement appartenir à la dernière catégorie évoquée. Je décide que non car mépriser a priori ce qui m’est inconnu ne me semble pas judicieux.

Les mots que je n’aime pas sont donc des mots que je connais, que je lis ou que j’entends, voire que j’utilise parfois sans forcément toujours en saisir le sens.

Parmi les mots que je n’aime pas et que, de surcroit, je veille à ne pas utiliser, il en est un qui me tarabuste actuellement. J’aimerais ici, plutôt que de le vilipender sans discernement, tenter de le comprendre avant d’analyser les raisons qui me poussent à le mésestimer.

Condoléance.

Avant d’aller jeter un œil à l’intérieur du sac, je tente de réfléchir avec mes propres billes. Je dissèque et sépare le préfixe du radical. La référence des fameux cahiers des États Généraux me fait interpréter la doléance comme une demande, un souhait, une requête. Première erreur puisque le dictionnaire la définit comme une plainte pour réclamer au sujet d’un grief. Mais alors, quel rapport avec les circonstances dans lesquelles le mot, généralement au pluriel, est employé ? Exprimer à quelqu’un ses condoléances signifierait se plaindre avec lui ?... Mais de quoi ? De la disparition d’un être cher, d’accord. Mais à qui ? À Dieu ? À d’autres ! C’est ma deuxième erreur que je ne corrigerai qu’avec l’aide de l’étymologie : condolere, de dolere, « souffrir ».

« Souffrir avec » donc. Ainsi, la condoléance est une forme d’empathie. Être condoléant c’est prendre part à la douleur de l’autre et l’exprimer. Cette découverte, ce surgissement du sens, me font dès lors trouver ce mot bien moins moche qu’il n’en a l’air.

Du coup, cette réponse amène une autre question : Pourquoi ce mot avait-il pour moi, a priori, l’air moche ?

Parce que je ne savais pas vraiment ce qu’il signifiait. Mais ce n’est pas suffisant, il y avait autre chose, il y avait ce sentiment de culpabilité, d’embarras, de gêne à utiliser une formule toute faite comme il y en a pour chaque évènement de la vie, des « Félicitations ! » de la naissance aux « Condoléances » de la mort.

Pourquoi dire/écrire ce mot ? (souvent appuyé par l’adjectif sincères au cas où l’interlocuteur/le lecteur aurait des doutes)

Parce que c’est comme ça, parce que c’est ce qu’il faut dire/écrire en pareilles circonstances ?

Bof…

Je suis content d’avoir appris quelque chose mais je crois que je continuerai à chercher des mots qui me soient propres, des mots qui exprimeront simplement ce que je pourrai ressentir, des mots qui apparaîtront sincères à qui les entendra ou les lira.

 

lundi 15 août 2022

Le jour pointe, elle ouvre les yeux. Elle se lève. Lui dort encore, il ronfle. Devant le miroir de la salle de bains, elle observe ses traits tirés, les petites rides qui commencent à se former aux coins des lèvres et les racines de ses cheveux dont la couleur tranche avec celle de sa teinture. Elle se trouve laide.

À la cuisine, pendant que le café coule, elle termine la vaisselle de la veille. Elle dresse ensuite la table du petit-déjeuner pour les enfants. Chafouine, elle laisse à son mari le soin d’aller chercher lui-même sa tasse dans le placard.

Quand tout le monde est installé, elle retourne dans la chambre. Elle en ressort habillée pour sa journée de travail, silhouette masculine, désespérément commune.

Dans la rue, démissionnaire de toutes les causes qui ne la concernent pas au plus près, elle détourne la tête pour ne pas croiser le regard de celui qui, tous les matins, fait la manche devant la vitrine de la boulangerie.

Elle se sent si banale dans sa vie quotidienne et ne pense qu’à ces quelques minutes de pauvre plaisir quand, infidèle, elle va au moment de la pause-déjeuner rejoindre son amant.

Le soir venu, anxieuse, elle retourne chez elle avec, sur les épaules, tout le poids de ce quotidien dont elle se sent prisonnière. Assise au fond du bus, elle jette un regard désabusé sur toutes celles qui lui ressemblent, elle se sent clonée.

Dans l’entrée de l’immeuble, pessimiste, elle passe d’abord devant la boîte aux lettres sans l’ouvrir afin d’éviter les mauvaises nouvelles.

Puis elle se ravise, revient sur ses pas et extrait finalement du casier la grande et grosse enveloppe dont elle se met à lire le recto. Peu à peu, un sourire se dessine sur ses lèvres, son regard s’illumine car c’est à elle et à elle seule que cette lettre est adressée !

Tout compte fait, la vie est belle !

 


mardi 9 août 2022

Comme moi, tu attends avec impatience la fin du monde. Comme moi, tu te réjouis des indices actuels attestant qu’elle arrive à grands pas. Tu seras donc bien aise d’apprendre aujourd’hui qu’a priori c’est demain la veille. Enfin demain ou après-demain, en tous cas dans les jours prochains.

Comment tu le sais ?

Ils l’ont dit à la radio. Enfin, plus exactement, elle l’a dit à la radio.

Qui ça elle ?

Et ben, la dame de la météo.

La dame de la météo de quelle radio ?

Ah… et bien euh… c’est la dame de la météo de la radio du petit paradis fiscal dont je te causais tantôt. Tu sais, cette petite monarchie d’opérette pleine de grosses banques, grande consommatrice de main d’œuvre étrangère, qui a transformé les villes du bassin minier du nord de la Lorraine en cités dortoirs.

Donc, tu écoutes RTL.

Oui, mais c’est pas de ma faute parce que je suis comme qui dirait en villégiature forcée chez la parentèle à qui je ne me vois pas imposer l’écoute d’une radio du service public qui va bientôt disparaître puisque nos impôts ne serviront plus à la financer. Mais là n’est pas le sujet ! Le sujet, c’est la fin du monde annoncée avant la fin du mois et ce n’est pas cette fois un canular radiophonique à la Orson Welles. C’est du sérieux puisque c’est la chaîne d’Anne-Marie Peysson et de Max Meynier qui le dit !

Et ils, enfin elle, dit quoi exactement ?

Et bien, elle parle du mercure.

La planète ? L’hôtel ? Le métal ?

Le métal, le métal autrefois appelé « vif-argent ». Le métal associé, comme les six autres métaux connus dès l’Antiquité, à la divinité et à l’astre. Le métal ininflammable qui fuse à -38°C et qui ébulle à 356°C.

Donc, tu écoutes RTL et tu te la pètes en recopiant Wikipédia.

Et qu’est-ce qu’elle dit à propos du mercure ?

Et bien elle dit textuellement ceci : « […] car le mercure va euh vraiment euh, euh flamber encore dans les jours prochains […] » et si le mercure flambe ça veut quand même bien dire que c’est la fin du monde non ?

Oui mais non, pas forcément.

Comment ça « pas forcément » ?

Et bien, si c’est effectivement ce que dit exactement la dame de la météo de la radio, tu noteras deux choses. Premio, elle dit qu’il va flamber « encore » ce qui suggère, même s’il est réputé ininflammable, qu’il aurait déjà flambé. Secondio, elle répète trois fois « euh » ce qui tend à prouver qu’elle hésite, qu’elle n’est pas sûre d’elle. Pour moi, et malgré ce que tu as pu dire auparavant, ça sent le canular à plein nez !

Tu as peut-être raison. Alors ça voudrait dire qu’on va encore devoir se coltiner la fin du mois ?

Malheureusement, ça m’en a tout l’air…