lundi 22 avril 2019


Une Lancia Béta modèle 1980, une glycine monumentale sur une façade de quatre étages, une voiture du peuple des années noires, un étudiant enfilant sa veste à la manière d’un toréro escamotant sa muleta face au taureau, une automobile tchèque nostalgiquement futuriste, une femme à la mandoline, une DS dans sa robe virginale, un stade olympique, des taxis couleur café crème, des pieds, des pieds et encore des pieds : des pieds massifs dans de grosses chaussures, des pieds fins aux chevilles graciles, des pieds qui s’enracinent, des pieds qui s’envolent, des pieds partout.

dimanche 21 avril 2019


Des clochers à bulbes, une pizza con tutto, un groupe de conscrits en culottes de peau et vestes à gros boutons, une moquette imitation parquet, des feux rouges pour piétons auxquels on ne déroge pas, le sein offert d’une bergère, une sky line enneigée, des tudesques à l’accent transalpin, un Jugement Dernier rubénien et une Currywurst sous les marronniers.

mercredi 17 avril 2019


« Quelle aubaine pour les spin doctors (conseillers en communication) spécialistes du storytelling (mise en récit) ! » aurais-je pu m’écrier ce soir-là si je n’avais un peu de mal à digérer la jelly (gelée), avant de tenter à chaud – exercice ô combien périlleux – de coucher mes impressions sur le papier dont je vous livre ci-dessous la substantifique moelle agrémentée d’une petite réflexion a posteriori :



Paris brûle-t-il ? Paris, non mais Notre Dame oui. C’est l’information dont je prends connaissance alors que je séjourne tout provisoirement en un lieu dans lequel, comme dans moult logis, les feux de l’actualité, crachés par un écran plat de 80 par 50 à la louche, éclairent mon visage figé dans une expression de relative surprise car, prenant place chez mes chers géniteurs dans ce canapé qui fait face au rectangle animé, je me préparais à écouter l’intervention que le pays entier attendait depuis qu’on lui serinait que l’évènement était capital. La scène à laquelle j’assiste en tant que téléspectateur est toute autre : la cathédrale Notre Dame de Paris, bijou de l’art gothique construit il y a plus de huit cents ans est donc la proie des flammes.

Le fait est en soi regrettable, tout aussi regrettable qu’ont pu l’être la destruction des manuscrits de Tombouctou ou celle des Bouddhas de Bâmiyân à la différence notable qu’il n’est a priori pas dans ce cas l’« œuvre » de puissances fanatiques, obscurantistes et incultes.

Au-delà de l’évènement dramatique que l’on pourrait qualifier de catastrophe s’il avait été funeste, ce qu’il ne fut pas puisqu’il n’y a pas eu mort d’homme, il y a le traitement médiatique de la chose. Et cela, même à chaud (surtout à chaud ?), c’est d’ores et déjà du grand art !

J’apprends simultanément que l’intervention présidentielle concernant les décisions du pouvoir exécutif suite à la tenue de grand débat suite au mouvement de mécontentement des gilets jaunes est reportée à une date ultérieure. Soit. La décision se comprend d’autant mieux que, dans ce cas là non plus, il n’y a pas mort d’homme. Les jours à venir nous diront si, oui ou non, la montagne accouchera d’une souris.

Face au traitement médiatique de ce fait divers hautement symbolique, je me dis que celui qui n’est pas exposé quotidiennement à ce torrent d’images et de déclarations d’une amphigourique théâtralité imposant un prêt-à-penser rigoureusement formaté auquel il est presque impossible d’échapper, ne connaît pas la chance qu’il a de pouvoir préserver l’un de ses biens les plus chers : sa liberté de conscience.

Le pilonnage d’images-chocs, qui n’est pas sans rappeler celui d’un certain 11 septembre, complété par le choix des intervenants exprimant tous, dans un œcuménisme parfait, que nous assistons ni plus ni moins qu’à une répétition du début de l’apocalypse, me laisse en bouche sinon un goût amer, tout du moins la nette impression que, soumis à ce flot d’informations storytellées de main de maître, je me fais encore balader et que je dois définitivement, si je persiste à vouloir (utopie ?) penser par moi-même, me laver de toute cette boue médiatique.

Je suis effaré par la manière dont l’« information » (avec de gros guillemets) se construit et par la récupération tant politique que communicationnelle qui est faite de l’évènement. Les discours des grands de ce (petit) monde et le montant indécent des subventions proposées par de « généreux mécènes » doivent faire pâlir de rage toutes celles et tous ceux qui s’échinent à longueur de journée à tenter de sauver les hommes.

En conclusion, et ce n’est là que mon avis sur la question : un symbole s’est cassé la gueule, ok. Mais, contrairement à la mort d’un « plaisancier » sur une coquille de noix en Méditerranée ou dans la Manche par exemple, le phénomène est réversible. Si on le juge important ou nécessaire, on pourra reconstruire l’édifice. En attendant, l’essentiel reste noyé dans un épais nuage de fumée qui continuera longtemps à nous aveugler alors que les poutres noircies de la charpente de la cathédrale sont déjà froides.

mercredi 10 avril 2019


« C’était le bon temps ! »
Foutaise, baliverne, niaiserie, calembredaine et billevesée…
Je ne jouerai pas le jeu retors de l’apprenti rhétoricien en m’aventurant sur le terrain glissant qui mène de « C’était le bon temps ! » à « C’était mieux avant ! » et ce pour deux raisons : de une, si c’était (éventuellement) mieux avant, c’est parce que j’étais plus jeune et de deux, je souhaiterais rester avec vous, près de vous, tout contre vous, (pour aujourd’hui, une autre fois les choses seront peut-être différentes) uniquement sur le plan du sens qui peut parfois être bon, comme disait René quoiqu’il m’arrive parfois de douter qu’il soit effectivement la chose au monde la mieux partagée, contrairement au temps qui lui n’a jamais été ni bon ni même vieux d’ailleurs mais c’est encore une autre histoire.
Un fromage ou un vin peuvent être bons, un point peut être bon même si on n’en distribue plus guère aujourd’hui mais pas le temps.
Si, ne sachant pas trop dans quelle case le ranger, je disais que le temps est une chose, cela signifierait que le bon temps a une valeur utilitaire positive, qu’il est utile, agréable, efficace. Or, et cette analyse n’engage que moi, je trouve au contraire le temps perfide. Si vous avez un peu de temps, je vais développer. De multiples exemples pourraient étayer mon propos, je n’en choisirai que quelques uns.
Tout d’abord, le temps nous est compté. Il pourrait, en ce sens, s’agir d’une monnaie. Certains en donnent, d’autres en prennent, certains en gagnent, d’autres en perdent. Le temps serait donc de l’argent, une espèce de valeur plus ou moins fiduciaire, fondée sur la confiance que nous accorderions à celui qui l’émet. Mais justement, d’où vient-il ce temps ? D’un passé sombre et lointain dont plus personne n’a vraiment le souvenir. Allez là-dedans, dans la nuit des temps, trouver un émetteur solvable. Je vous souhaite bonne chance.
Ensuite, le temps est une anguille. Il nous file entre les doigts. Sitôt qu’on l’a trouvé, on le perd. Il passe, il file même souvent et il est impossible de l’arrêter. Une illustration à ce propos ? Nous sommes aujourd’hui mercredi, jour des enfants. Cela tombe bien, je n’en ai plus (à charge). J’aurais donc du facilement trouver du temps pour m’entretenir avec vous. Et bien figurez-vous que, dès ce matin, j’en ai perdu une bonne liasse en contraintes épicières. Si j’en ai par la suite regagné quelques pièces en buvant un verre avec des amis tout en dégustant quelques tranches de filet mignon fumé, je m’en suis à nouveau délesté d’une pleine bourse en m’assoupissant sur le canapé après un déjeuner pourtant frugal et, à l’heure où je vous parle, je prends soudain conscience qu’il file encore une fois à l’anglaise ne me laissant pour seule alternative au dîner que je me dois de préparer pour Dulcinée, que la confection rapide et peu inspirée d’une assiette du même nom.
Pour finir, j’aurais aimé encore tenir le temps d’un troisième exemple édifiant mais puisque tempus fugit, le lâche, il ne me reste plus qu’à souhaiter qu’un jour, quelqu’une, quelqu’un ou quelque chose, une entité quelconque, humaine ou pas, La Poste ou un autre Mètre réussisse à terrasser Chronos.

lundi 8 avril 2019



Est-ce magnétique, génétique ou fortuit, je suis attiré par le fer, la fonte, l’acier. Souvent, la poésie qui se dégage de certains objets métalliques, outils, éléments de construction, pièces de carrosserie, me bouleverse. Je ressens, dans ces productions humaines, la puissance créatrice de l’esprit qui les conçoit et la force physique du corps qui les réalise (j’avoue dans ce cas occulter complètement le travail de la machine). Et je ne parle là que d’objets manufacturés a priori sans âme. Alors que dire quand l’art entre dans la danse ? Que dire quand les objets sont dévoyés de leur fonction utilitaire ?
« Objets inanimés,
avez-vous donc une âme
 qui s’attache à notre âme
      et la force d’aimer ? »
            Alphonse de Lamartine
Face à une plaque d’acier poli, celui qui va voir ce qui se passe de l’autre côté du miroir, qui joue avec les apparences, manipule les choses, les transforme et les détruit parfois, accouche de leur essence. C’est un travail parfaitement subjectif tant il est vrai que chaque objet possède autant d’âmes qu’il y a d’esprits qui pensent sa métamorphose, d’outils qui la permettent et de bras qui la réalisent.
Alors, quand l’artiste met à jour l’impalpable que celui qui contemple son œuvre sentait enfoui au plus profond de la matière sans être capable de l’exhumer, se produit une épiphanie qui laisse ce spectateur ébloui, comblé, repu.
Voilà ce qu’il m’arrive parfois de ressentir face à un tas de ferraille.